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Hubert et Marie-Reine Savoie les premiers gérants du camping

Chapitre I

BLAIN

Les premiers résidants permanents sur nos terres furent Armand Blain et son épouse, Marie-Jeanne Gendron. En 1943, ces derniers avaient acheté ces terres, après avoir lu une petite annonce dans la Presse de Montréal.

Dans la dure réalité du temps, ils ont bûché une piste pour chevaux, de l’Hôtel le Manoir du Lac Simon (bâtisse encore existante s’appelant désormais Manoir de l’Énergie) jusqu'à l’emplacement de leur première cabane de bois (endroit même de notre bâtisse actuelle). Distance approximative : 4 km.

L'année suivante, ils ont bâti deux autres cabanes, pour les chasseurs et pêcheurs, sur la butte, directement devant la grande plage.

En 1945, ils ont loué un bulldozer pour élargir le chemin pour chevaux (chemin du Manoir) et en faire un chemin de bois carrossable pour automobiles.

Ils ont également nivelé un emplacement entre ce qui est aujourd'hui le chemin de la marina et le ruisseau (présentement nos sites de camping 1 à 22).

De là est né le Camping Paradis du Campeur, en 1945, qui coïncide, par hasard, avec l'année de ma naissance.

Avec les moyens du bord, monsieur Blain a érigé un barrage de billots sur le ruisseau pour alimenter les toilettes à eau, qui étaient installées dans une bécosse (lire « backhouse ») près du ruisseau. Tout à fait moderne pour le temps. Toutefois, les égouts se déversaient dans le même ruisseau plus bas!!

Durant les 27 années qui ont suivi, les Blain ont vécu des revenus de leur mini pourvoirie, des quelques campeurs, du braconnage et de l'exploitation forestière.

Durant ses loisirs, monsieur Blain, un homme original, clôtura une partie du terrain à l'entrée du terrain de camping.  Il clôtura afin de s’adonner à l’élevage de chevreuils nains, originaires du Japon, ainsi que de quelques variétés d’oiseaux de la famille des paons.

Monsieur Armand Blain n'a jamais eu une bonne santé, mais Marie-Jeanne Blain, elle, était une « tough ».

Monsieur Blain décéda à l’âge de 67 ans en Floride, après quelques années plus paisibles suite à la vente de ses terres. Mais Marie-Jeanne Blain demeura encore longtemps près de nous, dans la maison où habite présentement ma fille Sylvie. Madame Blain s’est éteinte en 2005, à l’âge de 93 ans, étant demeurée alerte jusqu'au dernier jour.


Chapitre 2

SAVOIE

 

En 1973, j'étais directeur d'une succursale de la Banque de Commerce à Ormstown, un village près de Valleyfield.  De plus, j'étais sociétaire d’une entreprise de vente de roulottes et de maisons mobiles usagées.

En juin de cette année-là, nous avons vendu deux maisons mobiles à être livrées au Lac Simon.

Par un dimanche matin, Léo Chartrand, mon partenaire de l’entreprise de roulottes, et moi-même, avons accroché les maisons mobiles derrière les deux camions et livré ces dernières vers une heure de l’après-midi.

Attirés par la beauté des lieux et informés que la route se terminait au Paradis du Campeur, on s'engagea lentement sur le chemin du Tour du Lac et, souvent arrêtés, on arriva finalement au bout vers 16h00.

Là, je remarquai une petite annonce « à vendre » sur le poteau de la barrière à l’entrée.  On s’arrêta et se dirigea sur la galerie avant, où se berce Armand pas loin de Jeannette, qui grouille comme une abeille.

Sans trop de sérieux, on a demandé à Armand ce qui était à vendre.  Il me répondit « tout », et après quelques secondes de silence, je lui dis : « tout quoi? ». Il me répéta : « tout : ma maison, mes deux cabanes de chasseurs, mon camping et les 340 âcres de forêts boisées » ;

Et je lui suis revenu, « combien $ ??? » ;

Il fixa un prix et ajouta : « pas un sou de moins, ça m’enrage ceux qui essaient de me négocier, ça fait déjà 2 ou 3 que je retourne de bord et je ne veux plus les revoir, ça leur apprendra à me niaiser ».

Ce qu'il faut comprendre, c'est que Monsieur Armand Blain avait mauvais caractère : doux comme un taureau et patient comme un chien de cour à « scrap ».

Monsieur Blain avait passé les vingt dernières années en cour contre la municipalité du Lac Simon pour l'histoire du chemin, ayant été exproprié pour ouvrir le chemin autour du lac.  Ayant perdu sa cause, ledit chemin passa directement sur le chemin actuel du camping.

Enfin, on prit une marche sur le terrain, regarda avec enchantement le coucher de soleil, négocia certaines conditions, sauf le montant d'achat bien sûr, et vers 7h00 du soir, une offre finale fut signée.

Inutile de vous dire la nature des conversations entre moi et Léo Chartrand au CB sur la route du retour à Ormstown. Ne faut-il pas être fou pour acheter un camping déficitaire à l'autre bout du monde où tout est à bâtir.

Un Savoie engagé, c’est un gars qui ne recule pas, alors, allons-y !

 


SAVOIE

(suite)

 

On grimpa une de nos petites roulottes au camping, puis mes parents retraités s’expatrièrent de Sherbrooke pour y passer la balance de l'été.

Un évènement confirma notre croyance que l'industrie du camping saisonnier serait en progression pour l'avenir.

Un jour, un bon bonhomme s’arrêta au commerce d’Ormstown, examina les quelques roulottes usagées sur le terrain et acheta une Orbite 17 pieds. Il expliqua à Léo qu'il prendrait sa retraite dans quelque temps et qu’il allait s’installer pour la saison quelque part.

Durant le week-end au Lac, une voiture arriva et le conducteur m'indiqua son intérêt de trouver un site avec services près de l'eau.  On parcourut le terrain, je lui expliquai les projets futurs et on s’entendit.

Il se présenta par après avec sa roulotte de 17 pieds, m’expliquant qu'il avait eu un bon deal chez un commerçant dans un petit village près de Valleyfield.

Je lui dis : « Par hasard, le vendeur s'appellerait-il Léo !!! »

« Comment sais-tu cela !!! »

Sans le savoir, nous avions vendu à Roger Guimond la roulotte de notre premier saisonnier permanent.  Roger, retraité de la Sûreté du Québec, appréciait la quiétude de notre camping et légua ce plaisir à ses enfants Jocelyn, Sylvie et Serge qui campent toujours chez nous.

En 1974, la banque me transféra à Montréal.  Je passai de plus en plus de temps au camping et mon ami Léo s’occupa de l’autre commerce.  Ce qui devait arriver arriva.  L'année suivante, Léo prit charge seul de la compagnie rentable de maisons mobiles et, moi, j'héritai du Paradis du Campeur.

Il me rappelait le lieu de mes origines près du Mont Mégantic, dans le fond des Cantons de l'Est, soit le village de Notre-Dame-des-Bois.

J'avais confiance qu’avec un développement physique adapté à l'environnement, rajouté au facteur temps, la valeur du domaine allait s’accroître.

Inutile de vous dire que la construction de notre bâtisse et l'aménagement de chaque site à même la montagne ainsi que l'érection du remblai pour la marina nous a demandé des efforts colossaux qui s’étendent sur plus de 30 ans.

Rajoutez à cela la construction du chemin Tour du Lac à nos frais sur la portion qui traverse nos terres et vous comprendrez pourquoi mes larrons et moi n'avons pas chômé.

Aussi, je souligne la part de mes parents, Hubert et Marie-Reine, et de mes trois enfants qui ont passé leurs étés à la réception et au petit dépanneur. Sylvie, Isabelle et Éric ont vécu ces premières années difficilement.


 

Chapitre 3

L'AVENIR

 

Malgré qu’on semble ne jamais finir, je vise qu’à la fin de 2005, soit l’année du soixantième anniversaire du Camping Paradis du Campeur, ainsi que le mien, le Paradis du Campeur, la marina et notre bâtisse principale seront complétés selon la vision que j'entretiens depuis tant d’années.

Notre clientèle, à l'image de la réalité et à l’échelle des gens vivant dans notre coin de pays m’assure une quiétude et un bien-être commun pour les années futures.  J’espère que cet historique, même si elle est condensée, saura soulever votre intérêt et satisfaction et vous permettra de comprendre que notre façon d'opérer dans le passé est garante de nos ambitions futures.

Pour moi, la richesse monétaire a peu de valeur face à d’autres richesses que je vous laisse le soin de définir lorsque vous vous assoyez devant le feu, face au lac le soir d’une pleine lune ou le lendemain matin au lever du soleil, ou au réveil de la forêt le printemps, ou aux couleurs d'automne et toutes ces journées de pêche, de plaisance, de baignade et, et, et, durant l'été.

 

Je vous remercie de vivre cela avec nous, chez nous.

 

André Savoie été 2005

Et La famille Savoie


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